L'engouement pour la viticulture ne cesse de croître, notamment grâce aux jeunes viticulteurs passionnés qui se lancent dans la production de vins biologiques et naturels. Toutefois, la réglementation en vigueur limite l'utilisation de certains cépages, bien que cela n'empêche pas les particuliers de les cultiver dans le cadre de la permaculture et du jardinage biologique pour leur propre consommation.
L'origine des interdictions
Les restrictions entourant certains cépages ne sont pas nouvelles. Elles trouvent leurs racines dans la crise du phylloxéra, un ravageur qui a mené à la destruction massive des vignobles français entre 1865 et 1885. Grâce à l'hybridation entre des vignes européennes (Vitis vinifera) et des vignes sauvages américaines (Vitis riparia, Vitis labrusca, Vitis rupestris), le secteur viticole a pu se reconstruire.
Après l’établissement des nouveaux hybrides, le décret du 24 janvier 1935 a interdit ces cépages en viticulture professionnelle, une interdiction qui demeure en vigueur à ce jour, notamment en raison de la réglementation de l'Union Européenne. Dans les années 1950, la liberté de cultiver divers hybrides a été remplacée par un système de classification qui a entraîné la rarefaction des cépages hybrides, pour plusieurs raisons :
- Un surplus de production, jugé incompatible avec les variétés à haut rendement et résistantes aux maladies, menaçait l'économie viticole ;
- Des réticences concernant la sécurité des vins issus d'hybrides, considérés comme risqués alors ;
- Un souci de qualité, avec des arômes jugés peu plaisants, comme le goût "foxé".
En réalité, les préoccupations de l'époque étaient largement influencées par des intérêts commerciaux. L'essor des cépages greffés, plus vulnérables, était favorisé au détriment des cépages anciens, entraînant une consommation accrue de pesticides dans la viticulture, alors que les producteurs de vin cherchaient des marges de bénéfice.
À l’heure actuelle, la transition vers des pratiques viticoles plus durables soulève la question de la réintégration éventuelle de cépages aujourd'hui interdits, notamment pour leur valeur historique.
Quelques cépages interdits
Six cépages hybrides américains continuent d'être proscrits en viticulture depuis 1935, bien qu’ils aient été cultivés pendant une période cruciale pour la sauvegarde du vignoble français :
- 'Clinton' : hybride Vitis riparia x Vitis labrusca, aux arômes de framboise ;
- 'Noah' : hybride très sucré aux arômes de fraise ;
- 'Isabelle' : connu pour ses notes de framboise ;
- 'Jacquez' : arômes épicés de cassis ;
- 'Othello' : à la consommation surtout en raisin de table ;
- 'Herbemont' : aux arômes similaires au cassis.
Ces cépages, issus d'une reproduction sexuelle, présentent une bonne résistance aux maladies telles que le mildiou et le phylloxéra. Bien qu'ils ne soient pas nécessairement à replanter, la levée des interdictions pourrait être envisagée auprès des professionnels.
De nos jours, la technique de greffage, impliquant des variétés modernes et des porte-greffes américains, permet de combiner les meilleures caractéristiques des cépages, ce qui souligne l'intérêt potentiel d'une réévaluation des cépages hybrides dans le futur.
* Maud Roulot, Un jardin nourricier, Éditions Tana, mars 2022.







