Carlo Petrini, fondateur du mouvement Slow Food, dévoile "Terra Madre", un manifeste sur la gastronomie.
À quelques jours de la sortie de Terra Madre, Carlo Petrini fait parler de lui. Cet épicurien fervent invite à redéfinir notre relation avec la nourriture.
Il est aisé de déclencher la passion de Carlo Petrini en évoquant les pêches de Lombardie qui finissent par pourrir sur l'arbre. "Je pleure et j'ai honte!" lance-t-il, déplorant les paradoxes de notre système alimentaire. Son dernier ouvrage-manifeste, Terra Madre (Éditions Alternatives), défend l'idée que l'assiette ne se limite pas à ses rebords. Elle représente l'ensemble de notre écosystème: de la terre au ciel, en passant par l'humanité. Ce mouvement regroupe plus de 2000 communautés alimentaires à travers le monde, avec 100 000 adhérents et 1 300 conviviums. Élu "héros européen" par Time Magazine en 2008, il bataille avec énergie et, bien sûr, avec appétit.
Le Figaro. - Lors de la création du mouvement Slow Food à Paris en 1989, aviez-vous l'impression de fonder un simple club de gourmets ?
Carlo Petrini. - Pas du tout! Nous avons célébré le bicentenaire de la Révolution pour rappeler les trésors de notre patrimoine gastronomique. La cuisine ne se limite pas seulement à des recettes; elle est liée à l'agriculture, à l'écogastronomie. C'est une science qui honore l'humanité.
Les défis du Slow Food en France
Pourquoi la France semble-t-elle réticente au mouvement Slow Food ?
Votre pays a une histoire riche et complexe. Bien qu'il soit quelque peu résistants, des initiatives similaires existent déjà, comme les mouvements écologistes et le système rigoureux des appellations d'origine contrôlée.
Le mouvement Slow Food n'est-il pas perçu comme un club élitiste ?
Nous nous concentrons sur le plaisir de bien manger tout en soutenant les plus défavorisés à l'échelle mondiale. Lors de notre dernier salon à Turin, nous avons accueilli 100 000 producteurs du monde entier, prouvant que les plats les plus exquis peuvent aussi être ceux issus de la pauvreté.
Un appel à la prise de conscience
Vous affirmez que la nourriture a engendré peur et anxiété ?
Actuellement, nous avons la capacité de nourrir 12 milliards de personnes. Pourtant, 1 milliard d'individus souffrent de la faim, tandis que 40% des aliments produits sont gaspillés. En voyant les magnifiques pêches du Piémont pourrir, j'ai honte. Au Slow Food, nous œuvrons pour rétablir l'harmonie entre l'alimentation, notre corps et notre terre. Nous aspirons à des réformes authentiques.
En France, avez-vous entamé la protection de produits en voie de disparition ?
Absolument, notre approche est discrète mais efficace. Nous soutenons des produits comme le porc noir de Bigorre, la lentille blonde de Saint-Flour, etc.
Pouvez-vous renverser les ravages causés par l'agriculture moderne ?
Nous sommes présents dans 160 pays avec plus de 100 000 membres actifs. Notre philosophie reste inchangée : défendre le droit au plaisir dans l'alimentation.
Ses tables préférées en France
À RÉGION
Michel Bras, créateur du célèbre gargouillou de légumes à Laguiole.
Les Maisons de Bricourt, avec Olivier Roellinger et sa cuisine épicée.
Auberge de l'Ill, une Alsace revisitée par Marc Haeberlin.
Auberge de la Fenière, un Sud sublimé par Reine Sammut.
À PARIS
Aux Lyonnais, Alain Ducasse transforme le terroir.
Le Chateaubriand, un bistrot innovant.
Le Baratin, une cuisine authentique qui reflète la personnalité de sa cheffe.
Rino, un goût d'Italie au cœur de Paris.
La Gazzetta, une créativité débordante.
Le Comptoir du Relais, le must de la bistronomie.







