Au Japon, des mangues aux fraises, les prix atteignent des sommets, allant jusqu'à des milliers d'euros. Quels mystères cachent ces fruits ?
Les étals des primeurs japonais se distinguent par leur palette colorée, offrant des fruits qui captivent l'attention. Les consommateurs locaux choisissent souvent des produits de leur terroir, prêt à débourser jusqu'à 15,23 euros pour un kilo de fraises bio. Cependant, ces tarifs sont dérisoires comparés à ceux des fruits d'exception au Japon. Par exemple, la fraise Bijin-Hime, cultivée sur l'île d'Hashima par la ferme Okudan, peut se vendre jusqu'à 460 euros l'unité, atteignant parfois 4000 euros la barquette.
Une production à petite échelle et minutieuse
Les producteurs japonais, bien qu'ils n'utilisent pas de techniques extravagantes comme pour le bœuf de Kobe, se distinguent par une attention méticuleuse à chaque étape de la culture. Sur l'île de Hashima, la ferme Okudan ne produit que 500 fraises Bijin-Hime par an, respectant un cahier des charges strict. Cet environnement humide et variable requiert des méthodes de culture en serre, impliquant un travail intensif et une main-d’œuvre qualifiée, ce qui impacte logiquement le prix final des produits.
Avant même de planter les fruits, les agriculteurs choisissent méticuleusement les meilleures graines. Chaque année, les exploitations effectuent des sélections afin d'optimiser la qualité. Au moment de la floraison, les artisans nippons réalisent une pollinisation manuelle, éliminant les bourgeons moins prometteurs. Pour les melons Yubari King, un fruit prisé, seul un fruit par vigne est maintenu, garantissant que seuls les meilleurs se développent. Un soin quotidien est mis en œuvre pour éviter l'apparition de parasites, allant jusqu'à coiffer les fruits d'une protection contre le soleil.
Un fruit aussi bon que beau
Les fruits japonais, au-delà de leur prix exorbitant, sont souvent d'une qualité gustative exceptionnelle. Par exemple, la paire de melons Yubari King a atteint un prix record de 23.390 euros lors des enchères de Sapporo. Protégés par un label de qualité depuis 2015, ces melons sont recherchés pour leur soin de culture et leur goût raffiné.
Visuellement, ces fruits époustouflent. Le melon doit avoir une forme parfaite, une croûte uniforme et délicate. Toute imperfection entraîne leur élimination, augmentant le coût d'achat. La recherche de l'esthétique est profondément enracinée dans la culture japonaise, où chaque détail compte, semblable à l'art des bonsaïs.
Un cadeau symbolique
Il est rassurant de savoir que tout Japonais peut se permettre des fruits, même si la rareté et la beauté des variétés sont réservées à ceux qui peuvent investir davantage. Les fruits peu esthétiques, comme des pommes ou des raisins difformes, sont disponibles à des prix plus accessibles, mais ces véritables joyaux se trouvent dans des magasins haut de gamme, tels que la maison Sembikiya, spécialisée dans ces délices.
Traditionnellement, offrir des fruits de qualité relève d'un immense respect dans la culture japonaise, que ce soit pour une occasion festive ou pour exprimer sa gratitude. «Plus le fruit est rare, plus le message est fort» rappelle Sophie Richard d'Irasshai, soulignant que ces fruits sont souvent offerts lors d'événements importants, comme des mariages ou des funérailles.







